lundi, août 15, 2022
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fermé à la circulation, le Mont Ventoux, géant inaccessible pour les amoureux du Tour

« Ils sont en train de tuer le Tour, je n’ai jamais vu ça ! ». À quelques encablures du Mont Ventoux, Jean-Pierre, son fils Pierrick et sa petite-fille Emma ne décolèrent pas : « On est arrivés lundi, on s’est fait déloger par les gendarmes six fois ! On a essayé d’atteindre le Ventoux par tous les côtés, sans succès ».

La veille, la petite famille a gentiment été invitée à quitter l’ascension du col de la Liguière, où elle avait finalement trouvé refuge : « Les gendarmes nous ont dit qu’on pouvait se mettre dans la descente, que là ce n’était plus leur zone d’action », rigole Jean-Pierre, voyageur breton étonné mais heureux d’être enfin installé.

Ce joyeux bazar sur les routes de cette 11e étape du Tour entre Sorgues et Malaucène, qui grimpera deux fois le Mont Ventoux, prend sa source dans un arrêté préfectoral publié lundi 5 juillet. Son objet :  les véhicules n’ont pas le droit de stationner le long de la plupart des routes empruntées mercredi pour l’étape phare du Tour 2021, dont les deux ascensions et la descente du Mont Chauve.

« C’est la dernière fois pour moi, le Tour, c’est fini », râle Jean-Pierre, planté au pied du Géant de Provence. « Pour avoir une place sur l’un des deux parkings prévus dans le Mont, il fallait arriver samedi, vous vous rendez compte ? Déjà dans les Alpes, c’était compliqué, mais là c’est impossible. Je devais faire tout le Tour, j’arrête, stop, c’est bon. On ne veut plus de nous au bord des routes ».

Comme Jean-Pierre, Andrea, Italien venu du Piémont pour l’occasion, s’est fait surprendre par cet arrêté préfectoral. « J’ai déjà été piégé au Grand-Bornand, j’ai fini par marcher quatre kilomètres avec mes sept drapeaux de trois mètres pour atteindre la course, mais là je ne peux pas monter 20 kilomètres avec ! Je suis assez déçu et triste de ne pas pouvoir aller sur le Ventoux, mais je ne vais pas abandonner. Je vais grimper jusqu’à ce que mon corps dise stop, même si jeudi je travaille chez moi, à Turin ! », relativise le Transalpin aux 15 Tours de France. Finalement, Jean-Pierre et Andrea ont trouvé refuge à la ferme des Lavandes de Champelle, tenue par Farid, submergé par les évènements.

Andrea est arrivé de Turin pour assister à l’étape du Mont Ventoux. (AH)

« On n’allait pas laisser ces gens comme ça. J’ai dit oui à un, à deux, au final j’ai trente véhicules dans mon jardin. Je n’ai plus de place. »

Farid, fermier

à franceinfo

Envahie de vans et tentes, sa ferme a pris des airs de camping. « On a eu de la chance de tomber sur quelqu’un d’aussi gentil », apprécie Chantal, ardéchoise, arrivée de Tignes avec son époux Rémy mardi matin. Pas abattu, le couple grimpera sur le Ventoux à la force des pédales. « C’était un peu la douche froide quand on a appris qu’on ne pouvait pas monter, mais on comprend, parce que maintenant c’est un endroit protégé », tempère Chantal, pendant que Rémy prépare les montures pour le lendemain : « J’y suis déjà allé ce midi, ça souffle ! », prévient-il en frottant son cadre.

Rémy astique sa monture avant de dompter le Ventoux. (AH)

C’est en effet l’une des raisons qui justifient l’arrêté préfectoral : depuis juillet 2020, le Mont Ventoux est un parc naturel régional avec un éco-système à préserver. « Je crois que c’est pour ça que c’est bloqué », avance un gendarme. Un autre évoque la possibilité des incendies, démentie par des gardes-forestiers : « Il a plu pas mal ces derniers temps, il n’y a pas de risque d’incendies. Je crois que le préfet ne veut prendre aucun risque, il a fait un paquetage vigipirate, protection du site naturel, risque incendie et sécurité des coureurs ». Au fond, peu importe les raisons, le résultat est le même : des dizaines, centaines de campings-cars pris au piège à l’ombre du Mont Chauve, qui les toise de ses 1 910 mètres de haut.

Un seul parking accueille les campings-cars dans l’ascension du Ventoux, côté Bédouin. (AH)

Pourtant, certains ont réussi à y grimper. Venu d’Essonne, Francis, 62 ans, n’est pas peu fier, lui qui vit son premier Tour sur la route. Sauf que le jeune retraité a dû arriver mercredi dernier pour trouver une place : « Je savais que ce serait dur, j’avais vu passer l’info. Alors j’ai pris toutes les précautions en arrivant une semaine avant ». Quitte à sacrifier les autres étapes du Tour ? « Il faut savoir ce que l’on veut, j’aurais aimé aller à Tignes ou dans la Colombière, mais là, le Ventoux, deux fois dans la même journée, ça ne se loupe pas ». Dès samedi, soit cinq jours avant le passage du peloton, les deux parkings dédiés aux camping-cars sur les deux versants du Ventoux étaient pleins.

La montée du mont Ventoux lors du dernier passage du Tour de France, le 14 juillet 2016. (YORICK JANSENS / BELGA MAG / AFP)

Côté Bédoin, à quelques mètres au dessus du Chalet Reynard, environ 300 véhicules attendent les coureurs. Toilettes, bennes à ordures et cuve à vidange ; tout a été pensé pour les heureux élus. De même sur l’autre versant, dans la descente vers Malaucène. Ne reste plus qu’à s’occuper, car une journée à attendre les coureurs, c’est déjà long, mais alors une semaine…

« On fait des balades, on sympathise avec les voisins. J’ai même retrouvé un ami d’enfance là », se réjouit Francis en désignant Lionel, arrivé ce matin avec sa tente, assis à ses côtés sur la glissière de sécurité. Après une semaine de patience, c’est enfin le grand jour pour les heureux élus du Ventoux, qui seront rejoints par des cyclistes et randonneurs courageux mercredi. Le retraité ne tient plus en place : « Ça va être une belle fête ce double Ventoux ». Malgré tout.

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